Table des matières

        Chapitre
  1. La prochaine crise de l'eau
  2. Disponibilités en eau et emploi de l'eau
  3. Le problème des pénuries d'eau
  4. Conséquences de la surutilisation et de la pollution
  5. La dimensión santé
  6. Economies d'eau et gestion de l'eau
  7. Vers une révolution bleue

Faits saillants


Publié par le Population Information Program, Center for Communication Programs, The Johns Hopkins School of Public Health, 111 Market Place, Suite 310, Baltimore, Maryland, 21202-4012, USA.


Volume XXVI, Numéro 1
Septembre 1998
Conséquences de la
     surutilisation et de la pollution


La surutilisation et la pollution des ressources mondiales en eau douce sont des phénomènes récents, dont on ne connaît pas les conséquences à long terme. Cependant, elles ont déjà prélevé un lourd tribut sur l'environnement, et posent de plus en plus de risques pour de nombreuses espèces (167, 174, 183). La pollution de l'eau et le manque d'hygiène sont également le prélude d'une tragédie humaine dans le domaine de la santé (126, 221) (voir Chapitre 5). De plus, le triste état des ressources en eau douce contribue à la dégradation des eaux littorales et des mers (voir encadré el recuadro Le lien côtier).

En 1996, on estime que la population mondiale utilisait 54 % de toute l'eau douce accessible dans les cours d'eau, les lacs et les nappes souterraines. On prévoit que la seule croissance démographique portera ce pourcentage au-delà de 70 % en 2025 ; l'accroissement sera beaucoup plus prononcé si la consommation par personne continue d'augmenter à sa cadence actuelle (93, 145). Au fur et à mesure que l'humanité retire de plus en plus d'eau, il en reste d'autant moins pour les écosystèmes essentiels dont nous sommes également tributaires (11, 140, 145).

Une proportion importante de l'eau douce qu'offre le cycle hydrologique doit être réservée à la survie des écosystèmes aquatiques naturels — marais, cours d'eau, terres humides côtières — et des millions d'espèces qu'ils abritent (32, 132). De bons écosystèmes naturels sont les régulateurs indispensables de la qualité et de la quantité de l'eau. Par exemple, les plaines humides inondées par des crues absorbent et entreposent l'eau quand les cours d'eau débordent, réduisant ainsi les dégats causés en aval.

Ces services que l'environnement offre à l'humanité ont une immense valeur. Robert Costanza, directeur de l'Institut d'économie écologique de l'Université du Maryland, a estimé la valeur globale des terres humides à EU$5 mille milliards par an, en fonction de leur rôle de régulation des crues, d'épuration de l'eau, et d'habitats de la faune, en sus de la production des pêches et de l'utilisation d'espaces récréatifs, entre autres (92). La ville de New York dépense EU$1 milliard pour préserver et protéger les zones de prise d'eau de la partie nord de l'état de New York — où se trouve la source d'eau potable de la ville. Sans quoi, il lui faudrait dépenser EU$5 milliards pour construire une station d'épuration utilisant des techniques de pointe et dont l'exploitation coûterait en outre EU$300 millions par an (11, 28, 155).

Dans la quasi-totalité des régions du monde, l'utilisation inconsidérée des ressources en eau porte tort à l'environnement naturel. Dans l'ensemble du monde, plus de 20 % de toutes les espèces de poissons d'eau douce sont en danger ou vulnérables, ou viennent d'être déclarées disparues (98). Comme le prouvent les exemples suivants, la surutilisation et la mauvaise utilisation des ressources en eau douce entraînent de graves conséquences pour les espèces naturelles et pour les populations humaines.

  • Le détournement de l'eau du Nil, ainsi que l'accumulation de sédiments derrière de grands et petits barrages, ont fait retrécir le delta du Nil. Sur 47 espèces commerciales de poissons, une trentaine ont disparu ou sont devenues extrêmement rares. Les pêcheries du Delta, qui faisaient vivre plus d'un millions de gens, ont été éliminées (1, 90).
  • Le lac Tchad, dans la région sahélienne de l'Afrique, s'est réduit de 25.000 à tout juste 2.000 kilomètres carrés durant les trente dernières années à la suite de sécheresses périodiques et de détournements massifs de l'eau à des fins d'irrigation. Les pêcheries du lac, qui furent sa richesse, ont entièrement disparu (1, 97).
  • Malgré les travaux de nettoyage, le Rhin, qui traverse le centre industriel de l'Europe occidentale, est tellement pollué qu'il a perdu 8 espèces de poissons sur 44. Ving-cinq autres espèces se sont raréfiées ou sont en danger (1).
  • En Colombie, la production de poisson du fleuve Magdalena est tombée de 72.000 tonnes métriques en 1977 à 23.000 tonnes métriques en 1992 — soit une contraction des deux-tiers en 15 ans — à la suite du développement agricole, urbain et industriel, et du déboisement du bassin versant (1).
  • En Asie du sud-est, le Mekong a perdu les deux-tiers de sa production de poisson à la suite de la construction de barrages, du déboisement et de la transformation de 1.000 kilomètres carrés de marais à palétuviers en rizières et en étangs à poisson (1).
  • L'état de Californie, aux Etats-Unis, a perdu plus de 90 % de ses terres humides. C'est pourquoi près des deux-tiers des espèces de poissons originaires de cet état ont disparu, ou sont en danger, menacés ou en diminution (1, 154).
Dans beaucoup de pays, la demande toujours grandissante de produits forestiers et de terres agricoles, alimentée par la rapidité de la croissance démographique et du développement, compromet de plus en plus les ressources environnementales et l'alimentation en eau. Les forêts sont d'importants régulateurs de l'eau. Leurs structures radiculaires jouent le rôle d'éponges naturelles : elles absorbent l'eau, puis la libèrent lentement pendant toute l'année, contribuant ainsi à la régularité du débit des cours d'eau, reconstituant les nappes souterraines, réduisant l'érosion du sol et libérant de l'humidité dans l'atmosphère. Si on supprime les forêts, les terres agricoles deviennent la proie de l'érosion, les voies d'eau s'envasent, les inondations deviennent plus fréquentes, les réserves d'eau souterraine disparaissent et le climat change (199).

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